dimanche 13 janvier 2008

Bling, bling......... et Paf?

Derrière ce titre intriguant, je souhaiterais revenir sur un thème "hyper classique" de la science politique : à partir de quelle combinaison de légitimité notre Président construit il la sienne?
On le sait depuis Max Weber, chaque gouvernant possède en la matière trois ingrédients : la légitimité légale - rationnelle (issue de la constitution et de la confiance du peuple dans la règle du suffrage universel), la légitimité charismatique (basée sur le caractère exceptionnel de la personne du gouvernant et sa capacité à générer chez l'autre le désir de lui - même) et la légitimité traditionnelle (fondée sur la croyance qui fait du gouvernant l'héritier d'un système historique indiscutable, coutumier, religieux ou traditionnel).
Je ne discuterai pas les deux premières légitimités : pour la première, les urnes ont tranché, pour la seconde, il suffit de lire l'actualité au jour le jour pour vérifier sa présence. En revanche, pour ce qui est de la troisième, il me semble frappant de constater qu'à deux reprises depuis mai dernier il a tenté d'en user:
1) La photo officielle qui orne nos mairies étonne (détonne?) par son coté incroyablement classique. Tout se passe comme si, dans cette posture de légitimité, notre Président n'était pas crédible.
2) Les voeux et la conférence de presse : là encore, il a manifestement tenté de mobiliser la ressource de la légitimité traditionnelle. Le critère, pour s'en convaincre est très simple : c'est le grand classicisme du dispositif de communication mis en place. Force est de remarquer que l'effet d'opinion positif, attendu dans les deux cas, ne s'est pas réellement produit.

J'en conclus, provisoirement, qu'il y a là "un défaut dans la cuirasse", un angle qu'il s'agit d'observer très précisément. Peut - être est - ce le "talon d'Achille" de Nicolas Sarkozy?

jeudi 3 janvier 2008

Ah la séquence!!!

Avant tout, évidemment, bonne année à toutes et tous les lecteurs et commentateurs de ce blog. Merci de supporter mes élucubrations et que cette année nous permette de faire sérieusement toute chose (même rire) sans jamais se prendre au sérieux!
Les bulles, foie gras, gastéropodes, spécialités conchylicoles diverses, sans oublier chapons et bûches, étant digérées, ou en voie de l'être, "revenons à nos moutons" blogosphèriques, je veux parler de la très belle suite spectaculaire que nous a offert le chef de l'Etat.
Pour résumer, nous avons eu, Kadhafi, Carla Bruni (jusqu'ici ça rime), chanoine de Saint Jean de Latran, etc, etc... Pour aboutir, enfin, à l'énigmatique "politique de civilisation" esquissée lors de l'allocution du 31 décembre.
Ce que je retiens de tout ça, c'est le fait que N. Sarkozy a parfaitement intégré un effet de nos pratiques médiatiques. Nous sommes de moins en moins habitués à consommer une oeuvre et de plus en plus à recevoir de l'information. Or la première est forcément, assez longue, nécessite du temps, de la réflexion et une attitude constante. La seconde, au contraire, arrive en salves successives, comme une suite de stimuli, et incite à la réaction plus qu'à la réflexion.
Ce qu'il faut donc, désormais, c'est être maître du rythme, et au centre de l'info.
Reste une question, la réaction réelle sera t - elle toujours proche de celle escomptée?
Là est tout le drame de l'acteur qui se croit tout puissant : son pouvoir, y compris et surtout sur l'opinion, a aussi des limites. L'opinion a une dynamique propre. Et le problème du Président n'est même plus de savoir s'il saura s'y adapter, mais de savoir s'il pourra le supporter!

mercredi 12 décembre 2007

Belleville, Facebook et citoyenneté

Je reviens ce jour d'une plongée au sein du Paris de Belleville, si cher à Daniel Pennac. Certes, le Zèbre y est toujours présent, au moins symboliquement, pour rappeler qu'ici le louchebem avait droit de cité il y a encore cinquante ans, mais aujourd'hui, la face du quartier a profondément changé. Il mérite une visite pour se rendre compte du visage réel de la France urbaine et laborieuse de 2007. Franchissons honnêtement un rubicond, un tabou, et avouons le, on est au coeur des communautés, ici turque, là loubavitch, plus loin chinoise, ou encore arabe (divisée souvent selon les origines nationales).
Ce symbole du Paris populaire, gavroche, communard, nous alerte sur notre réalité contemporaine et nous appelle à la regarder en face.
Ma première réflexion consiste à dire qu'un travail en profondeur est à reprendre dans nos mentalités. Et notamment le fait que le principe d'unité nationale ne peut plus être conçu comme un absolu positif autorisant la négation des diversités culturelles. Et ce, d'autant plus que l'analyse du territoire peut s'analyser aussi comme une lutte d'influence entre communautés. Par ailleurs, dans ce "bouillon de cultures", on est frappé par le maintien du caractère laborieux de la sociabilité. Le commerce, je devrais dire le "business" est omniprésent, mais aussi la misère, les "marchands de sommeil". Le choc des conditions sociales est impressionnant : là une puissante limousine attestant le caractère florissant des affaires de son propriétaire, ailleurs la pauvreté de personnes récemment immigrées réduites à des conditions de vies indignes. Ajoutons que, discrètement, derrière un porche, on trouve aussi des havres de luxe pour bobos, mais qui semblent destinés à être surtout cachés de la face du monde (la rue), pour protéger la quiétude de cette nouvelle bourgeoisie "high tech".
A l'évidence ce lieu est un laboratoire sociopolitique passionnant car il y a une réalité communautaire, le choc des cultures, mais aussi un contexte économique qui fait qu'on n'est pas dans le contexte des "banlieues difficiles". Il y a là une épure de l'évolution sociale dans un contexte où entreprendre n'est pas voué à l'échec. Celle de la France qui est sensée "travailler plus pour gagner plus"?
Une chose est donc sure, si le principe d'égalité des droits pour chaque citoyen français, et au delà, de reconnaissance des droits inhérents à chaque individu, doit rester un principe, il ne peut servir à nier une réalité sociale communautaire qui est la logique d'organisation et de construction sociale de la réalité. Une fois de plus j'ai rencontré l'illustration forte d'une intuition personnelle : la société d'aujourd'hui s'élabore, d'un coté selon le principe du "triomphe de l'individu", de l'autre avec le "retour des tribus". Est ce un mal ou un bien, je ne me pose pas la question, il faut simplement admettre que c'est ainsi!
Seconde réflexion, le "bobo", dans son havre de paix, lui aussi cherche sa communauté. Avec sa "csp++", son capital social et culturel qui en font le fruit de la geste républicaine à la française, notre citoyen indifférencié, mais qui s'est distingué par le concours ou par le salaire, se cherche malgré tout, lui aussi, une identité de rattachement. Alors, enfant de la laïcité, de l'école républicaine et de la modernité, il rentre dans son loft, le soir, et calme son angoisse solitaire en sessions frénétiques sur Facebook.
L'enjeu de ces bouleversements interpelle la politique et les politiques quels qu'ils soient. Arrêtons de privilégier les principes et de faire, à l'ancienne, primer le phantasme sur le réel.
Ce n'est sans doute pas un hasard si ce vingtième arrondissement de Paris fut aussi un laboratoire de l'échange participatif et délibératif citoyen. Même si la thématique semble avoir pris "un coup de vieux" après l'élection présidentielle, c'est bien de ce coté là qu'est possible une co - construction de l'intérêt général dans le respect de la spécificité de chacun.

lundi 10 décembre 2007

Rama, Khadafi et les Judas

En ce matin triste du 10 décembre de l'an 2007, la question morale ferait elle retour dans le débat politique? Telle pourrait être la question à se poser à la suite de l'intervention forte de Mme Rama Yade à propos de la visite officielle du Colonel Khadafi.
Ce retour de la question morale est aussi la résultante de notre culture politique, imprégnée de culture judéo - chrétienne. Le grand apport de cette tradition est, pour aller vite, qu'au nom de l'efficacité politique, on ne peut tout justifier et qu'un corpus de règles intangibles doit régler nos comportements (notamment les droits de l'homme). C'est dans cette droite ligne que les 20 dernières années ont permis la lente élaboration de tribunaux pénaux internationaux pour condamner les plus terribles dirigeants de la planète.
Les droits de l'Homme sont le capital commun qui unit les femmes et les hommes, quelque soit leur croyance, leur culture. Ils étaient déjà ce sur quoi Kant imaginait les conditions d'une paix perpétuelle et universalisait alors le message des pères de l'église.
Même si je crois bienvenu de conduire une politique réaliste (surtout en matière internationale), le surgissement inopiné de la question morale, lors d'un tel épisode, me semble venir fort à propos. Peut - être permettra t - il de mieux déceler où se trouvent les véritables traitres (ceux qui, à l'image de Judas, sont capables de vendre ce qu'ils ont de plus précieux à vil prix)?

dimanche 2 décembre 2007

Le MODEM, un précipité alchimique?

Cette fois ci, ça y est, ou presque, la messe est dite, François Bayrou, en grand prêtre vient d'opérer un acte sacré, la création sur les fonds baptismaux médiatiques et militants de sa machine infernale pour conquérir le pouvoir.
Deux éléments peuvent être discutés, dans cet acte indiscutablement politique.
1) Il s'agit bien pour lui de transformer un classique parti de cadres, d'élus, en parti d'électeurs, donc où la force militante l'emporte sur le réseau d'élus. Il s'agit clairement de sa stratégie, il l'a dit, et, d'ailleurs les élus habituels de l'UDF l'ont entendu, en quittant le navire en vagues successives. Là, au moins, sur ce point, les choses sont claires, le MODEM est un parti de militants (40000 environs suivant les estimations les plus raisonnables, ce qui est une base honorable), et une machine conçue pour porter un leader clairement identifié vers l'échéance suprême : la présidence de la République. En contrepoint, l'avatar "Nouveau Centre", construit à la hâte, par les députés UDF sortants en mai - juin dernier, semble difficilement assimilable à un parti politique, du moins pour l'instant. Il s'agit plutôt d'un simple réseau d'élus, sans leadership crédible.
Partant de cette réalité, de nombreuses questions se posent : F. Bayrou pourra t - il tenir longtemps dans sa "tour d'ivoire centrale", face à la fameuse boussole gauche - droite, qui reste le GPS politique inconscient des français, l'électeur pourra t - il trouver le chemin de l'urne pour aller déposer un éventuel bulletin de vote Bayrou ? Les quatre ans à venir vont nous l'apprendre. Mais une chose est sûre, le recensement des accords locaux avec la gauche et la droite dans le cadre des municipales permettront d'apprécier si le vocable "démocrate" du label est assimilable à celui du parti éponyme aux USA. Et là, un tout autre sens se dévoile, l'ambition de croitre sur l'hypothèse d'un PS en crise grave, longue et désespérée. A suivre....
2) L'autre remarque concerne plus les problématiques classiques de la science politique face au phénomène partisan. La classique catégorisation de Maurice Duverger (parti de masse, parti de cadres, parti d'électeur) a encore de beaux jours devant elle, et le cas du Modem nous apporte une information essentielle, la transmutation d'un parti de cadre en parti d'électeur doit se faire sur le deuil de l'ancien système, aucun continuité n'est possible, et les déclarations empruntes d'un registre presque psychanalytique des anciens compagnons de F. Bayrou témoignent de la réalité de cette rupture incontournable.
Au delà des stratégies et des luttes, la politique est aussi une affaire d'Hommes, et pour cela la lecture de Shakespeare est une source fertile d'inspiration.

samedi 24 novembre 2007

Nouveaux clivages, nouvelles boussoles

En une semaine de nombreux faits nouveaux ont pris place dans l'actualité sociopolitique française. Tout d'abord la sortie de crise sociale dans les transports, en second lieu la forme de la contestation étudiante, enfin les premiers indices de la construction d'enjeux politiques pour les consultations municipales et cantonales de mars prochain.
Les deux premiers points soulignent une forme renouvelée et redistribuée du réformisme et de la radicalité politique et sociale. Le tournant opéré par Bernard Thibault semble commencer à donner des effets, et l'on peut penser que la consigne de reprise donnée par la "CGT cheminots" dans les assemblées générales a été suivie parce qu'il reste une certaine culture d'organisation au sein de la centrale syndicale et surtout un intérêt clair à "sauver le navire". 2008 marquera peut - être, avec cette évolution, un palier de plus attestant la lente agonie du communisme français, celle ci se traduisant par l'autonomisation définitive d'un syndicat qui fut longtemps, quoi qu'on en dise, sa courroie de transmission. Sans doute faudra t - il constater un jour que ce tournant est aussi à mettre au bénéfice d'un réalisme hérité : celui qui enregistre facialement la réalité des rapports de force et qui ne connait que cette voie de rationalisation pour sa stratégie politique. Voila un beau thème à méditer!
Plus complexe à analyser en direct, comment comprendre les postures réformistes et radicales face à notre système droite - gauche. La bonne vieille clef de compréhension que notre maître à tous, le regretté René Rémond proposait, à savoir l'opposition entre parti de l'ordre et parti du mouvement demeure t - elle crédible? Comment penser ces revendications basées sur le refus de toute évolution d'un statut ou d'une institution? Comme si au dessus de tout çà planait une ambiance de peur, d'angoisse, de refoulement du risque. Comme si tous ces blocages voulaient exprimer un désir inconscient de repli sur soi, de refus de vie, de refus de sa propre expérience. Comme si un système sociopolitique avait enkysté les citoyens dans une position infantilisée dont ils ne veulent surtout pas sortir, peut - être par peur de découvrir leurs propres désirs. Voila, là aussi une idée à réfléchir, discuter et méditer!


Dans un registre tout à fait différent, les situations politiques se décantent à l'aube de l'entrée en campagne dans de nombreux contextes municipaux locaux. Il est encore trop tôt pour tirer un premier bilan. Néanmoins, je voudrais aujourd'hui vous faire part d'un étonnement : je ne cesse d'être décontenancé par le contraste entre un appareil socialiste grippé et refusant de "se soigner", et une situation de pouvoir qu'il n'a, à ma connaissance, jamais connu : les deux principaux organismes économiques mondiaux (OMC, FMI) ont à leur tête un membre du PS, 21 des 22 régions sont dirigées par la gauche, de même pour plus de la moitié des départements (DOM compris), les deux plus grosses villes de France (Paris et Lyon), de nombreuses communes de plus de 100 000 habitants dont le maire sortant socialiste semble en très bonne position pour renouveler son mandat. Vu comme cela, le PS doit il déprimer?
Ma réflexion est la suivante, tous ces éléments semblent militer dans le sens d'une réalité du pouvoir en France qui oppose d'un coté pouvoir local et pouvoir national. La "déprime" de l'appareil socialiste résulte évidemment de son échec présidentiel, donc de son incapacité à conquérir dans la phase 2006 - 2007 le pouvoir national, mais corrélativement, du coté du pouvoir local, il n'a, à ma connaissance jamais été aussi fort. Cela mérite aussi d'être relevé, dans une nation désormais décentralisée, c'est un atout à ne pas négliger.

dimanche 18 novembre 2007

Il y a mouvement et mouvement

En ce dimanche 18 novembre, la situation sociale, telle qu'elle nous apparait à travers les médias, semble particulièrement illisible. Et, effectivement, le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'est pas simple!
Sans prétendre la rendre limpide, ce qui serait vraiment présomptueux, on peut néanmoins isoler quelques éléments pour s'y retrouver quand même.

1) Un premier point mérite d'être souligné : une mobilisation collective est toujours un moment où s'instaure un face à face entre "l'argument de la force" et "la force de l'argument". Pour le dire autrement, un conflit social est une phase où l'on considère légitime que s'exprime une émotion, y compris de manière forte. C'est bien cette tension "émotion" - "raison" qui est la caractéristique de ce qui se joue dans une mobilisation et qui tend à faire une distinction entre "qui craque" et "qui tient". Autrement dit encore, gagner à terme, c'est s'approcher le plus possible de ce qu'on estime, à froid, pouvoir obtenir, modulo, bien sûr, le contexte du conflit tel qu'il se déroule.
Dans le conflit SNCF-RATP, la scène de conflit serait simple si l'on pouvait la résumer à un duel entre les ouvriers d'un coté et leur patron de l'autre. En fait il y a au moins quatre, voire cinq instances à distinguer.
Tout d'abord, le gouvernement et sa réforme, là, on voit bien, son intérêt c'est réaliser sa réforme au mieux et agir de telle manière que le présent contexte ne se retourne pas contre lui en terme d'opinions.
Ensuite, les entreprises concernées sont des quasi - acteurs. Elles représentent bien des contextes particuliers dans lesquels se posent des problèmes de conditions de travail et de management spécifiques, mais leur marge de manoeuvre est très limitée car l'Etat est actionnaire majoritaire, voire unique, et les règles juridiques ne leur laissent que très peu d'espaces de négociation. Du coup, les intérêts de ces entreprises sont très hybrides : ceux d'un service public classique, mais aussi ceux d'une entreprise soumise à une logique de marché. On voit bien que le caractère profondément hybride de ces instances ne permet pas de les situer comme des pièces maîtresses dans la résolution de la crise.
En troisième lieu, il y a les centrales syndicales. Si j'osais, sans malice, une image, je dirais que le "marché syndical français" a deux caractéristiques : d'une part il n'est pas très dynamique, il n'attire pas beaucoup de "clients", d'autre part il est hautement concurrentiel. J'ajouterai volontiers qu'il souffre d'une phase de sédimentation originelle qui date de 1945 et qui englue sa capacité à se développer (cf. post précédent). Autrement dit, tout acte d'une centrale syndicale au niveau national doit s'analyser d'abord et avant tout comme un "sauve qui peut" institutionnel : "il faut sauver la boutique"! Ce point est essentiel car c'est à partir de lui que se crée un hiatus potentiel au sein de la mobilisation. Et ce hiatus est à la fois vertical et horizontal. Verticalement, il va se décliner avec les différentes branches du syndicat considéré, puis in fine, avec la base mobilisée, et ces trois niveaux n'ont pas forcément les mêmes intérêts, nous verront plus loin. Horizontalement, un hiatus est patent entre syndicats qui se disputent une très faible représentation des salariés. Cette concurrence, de plus, est faussée puiqu'elle s'instaure entre des acteurs de premiers plans, reconnus institutionnellement par le pouvoir - les syndicats représentatifs - et d'autres syndicats qui ne jouissent pas de ce label. Aussi n'est - il pas étonnant qu'on rencontre chez ces derniers soit des syndicats radicalisés, type SUD, soit des syndicats maisons, peu aguerris à la culture du conflit.
Quatrième catégorie d'acteurs : les branches syndicales. On voit bien, à travers la figure de M. Le Reste, responsable des cheminots CGT, qu'il y a quelque chose qui se joue de spécifique à ce niveau là. Sans mauvais esprit, ni intention maligne, un petit détour historique peut, sans doute expliquer l'importance de ce niveau d'organisation dans le système : en 1995, dernière grosse crise sociale de référence, qui était à la place de M. Le Reste? Réponse : M. B. Thibault. Autrement dit, au sein même de l'organigramme d'une centrale syndicale, le devenir personnel d'un responsable de branche tient à sa propre efficacité dans les mobilisations. Tout était homogène au sein de la CGT tant qu'il n'y avait pas débat sur son syndicalisme de rupture habituel. Aujourd'hui la mutation tentée par B. Thibault vers une CGT réformiste ouvre à M. Le Reste l'opportunité d'apparaitre visible et lisible par une base qui n'a pas fait son aggorniamento stratégique et idéologique. Il peut, au sein de sa propre centrale syndicale, se poser en s'opposant à B. Thibault. C'est sans doute ce fait là qui est la figure la plus innovante du conflit actuel.
Dernière instance, mais ce n'est pas la moindre, celle qu'on appelle parfois trop facilement "la base", avec un soupçon de distance qui ne sied point. Rappelons d'abord que ce sont des êtres humains, dotés d'une conscience, de revendications. Rappelons aussi, même si ce n'est pas très populaire, que faire une grève, ce n'est pas faire la fête! Rappelons qu'à terme, celles et ceux qui manifestent, bloquent, payent le prix de leur choix et qu'à la fin du mois leur salaire sera amputé. Ce ne sont donc pas des irresponsables. Ils peuvent apparaitre comme les plus sourds à la raison institutionnelle et politique, mais ce sont eux qui forment les troupes et la force de la mobilisation. Il en va donc de la légitimité des centrales syndicales d'éviter toute évolution vers des formes anarchiques et autonomes de la mobilisation. Mais les syndicats ont ils aujourd'hui les moyens de leurs fonctions? Cette question est centrale car c'est d'un contact non régulé entre une base mobilisée et des citoyens génés par le blocage que peut éclater une bombe.
Tout est là, la mobilisation, encadrée par des organisations syndicales prend une forme symbolisée, ritualisée ; le basisme, au contraire, c'est l'inconnu et l'improbable!

2) Du coté des étudiants nous en sauront plus très vite. Mais il me semble que le problème se pose de manière très différente. Tout d'abord, il y a dans l'opinion publique une sympathie naturelle pour les étudiants qu'on ne retrouve pas forcément envers les salariés. Dans nos représentations inconscientes, ils sont sensés représenter à la fois "l'avenir" et sont un peu "nos enfants". Ensuite, leur argumentation contre la loi Pécresse tape sur trois arguments assez judicieux : la représentativité au sein de l'instance dirigeante que sera le Conseil d'Administration des universités, la faiblesse des moyens engagés et, de fait, la rationalisation des filières qui se fera sur des logiques d'utilité économique et sociale.
Même si je crois que ces trois points, discutables, ne justifient pas une opposition radicale à la mise en œuvre de la réforme, force est de constater qu'il y a trois objections qui sont bienvenues et qui méritent d'être prises en compte.
Enfin et surtout, gare à un mouvement étudiant, gare à tout débordement d'autorité, le syndrome Oussekine plane dans les inconscients politiques. Face aux étudiants, le pouvoir est toujours plus désarmé (ou mal armé) que face à des salariés.